Le vertige comme refuge

Comment départager, dans le travail de Nicole Mossoux et de Patrick Bonté, le politique et l’intime, le rêve et la réalité, l’Histoire et les histoires ?

C’est dans la révélation  d’une coïncidence de l’œuvre avec ce que je suis en ce début du XXIe siècle, que j’ai aimé leurs spectacles. Un univers dont  les ellipses, le laconisme, le subtil « montrer-cacher » permet à chacun d’identifier des expériences troublantes, familières. La force de la démarche est dans cette liberté laissée au spectateur. L’inconscient, sollicité par des visions à la fois archaïques et raffinées, résonne fluidement. Jamais la forme ne nuit à l’émotion, jamais elle ne fait obstacle : elle accompagne. Son inquiétante étrangeté n’est pas anxiogène. Nous sommes en permanence reliés : aux autres, au passé, au fil ténu du temps, aux artistes qui nous ont précédés, à notre souffle sculpté par le son, la lumière, l’ombre qui, vertigineusement, la double.

Comme l’oiseau tranquille au vol inverse oiseau / qui nidifie en l’air d’Apollinaire, nous trouvons dans ce vertige un refuge. La violence est médiatisée par l’attitude à la fois distante et grave, ingénue et précise des danseurs. Le geste même de l’art.