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Nicole Mossoux et Patrick Bonté aiment à ausculter l’être social que nous sommes, à partir des clivages intérieurs et de nos gestes (in)volontaires. Dans Histoire de l’imposture ils ajoutent un regard sur les codes vestimentaires. Et comme nous le savons : Si l’habit ne fait pas le moine, c’est qu’il fait le citoyen! Quelle que soit l’époque, seule la nudité est neutre, apparemment. Aussi, tout commence ici sous le signe la blancheur cutanée. Mais l’état d’innocence est vite perdu, il faut bien se laver tous mes matins!
L’éviction du paradis (des rêves) se joue ici sur un nuage de glace, où les flashs crépitent telles des explosions. On s’habille, et petit à petit, des costumes XVIe siècle remplacent les habits de ville modernes. Le flash-back vestimentaire accompli, la valse peut commencer, avec ses gestes de séduction et ses faux sourires. Une grotesque hésitation par-ci, une discordance monstrueuse par-là, les cinq autoportraits révèlent, sous des obus lumineux, ce qui les sépare de leur apparence.

Comme jadis à la cour, comme aujourd’hui dans la rue, au travail et au bal, évidemment, on joue. A l’instar de cette vérité des chairs qui se cache sous l’accoutrement, on porte tout un attirail de gestes en guise de parure, pour se mettre en lumière. Et souvent, on surjoue, en se conformant à un répertoire gestuel stéréotypé, jusqu’à en perdre sa crédibilité. C’est ce que Sébastien Jacobs, Leslie Mannès, Frauke Mariën, Maxence Rey et Marco Torrice donnent à voir dans ce studio photo un brin glacé, car c’est le lieu par excellence où les poses et postures sont toujours surexposées, jamais naturelles. Le jeu des interprètes inclut une fine portion d’ironie, à la fois fixateur et révélateur des nuances support/surface d’une identité.

Mais pourquoi ces costumes historisants ? Le jeu avec une identité abusive est de tous temps. En regardant une gravure ou un tableau de l’époque élisabéthaine, nous n’avons aucun mal à imaginer le refoulé derrière le geste "officiel".  Et si leurs personnages se mettaient à danser, inspirés de rythmes actuels ? Leurs postures en deviendraient-elles impostures ? Ou, inversement, notre imposture effacerait-elle  celles qui sont représentées sur les toiles ?
Voilà qui nous renvoie aux jeux vidéo et aux animations interactives, où désormais toutes les usurpations deviennent possibles. Aussi, le duo bruxellois croise costumes anciens et rituels de rave ou techno d’aujourd’hui, tendance transe, un peu comme, dans un autre registre, Trajal Harrell essaye d’imaginer, par la chorégraphie, ce qui serait arrivé si les danseurs de la Judson Church avaient rencontré le Voguing.

Alors que  Nicole Mossoux et Patrick Bonté mènent depuis bientôt trente ans des recherches sur la relation complexe entre le corps, la conscience et l’inconscient, on a rarement vu les interprètes de la compagnie "danser" autant qu’ici. L’énergie physique déployée à la fin rappelle celle qui se libère dans des danses tribales. Le seul état sans imposture ?

Thomas Hahn, Danser Canal Historique / Février 2014