Le théâtre dansé, en trompe-l'œil

Histoire de l’imposture

Le luxe d’un Broadway dansé, à la dimension onirique et poétique. Je serai sans doute le seul à risquer cette comparaison.
Un bijou vénéneux pour raconter les nus du paradis terrestre, anonymes, beaux, perdus dans l’ombre des limbes, cherchant ensuite le chemin de la civilisation et de ses habillages au son de toutes nos mémoires musicales comme autant de déflagrations. La musique des villes écoutée à distance comme celle qui nous vient du jardin d’à côté. C’est qu’ici, la forme c’est le fond. Danse de salon, danse de faire-valoir, hommes centaures, femmes derviches et qui brusquement frenchcancanent, sortent de leurs gonds pour oser leur véritable nature.
Du faux sérieux aux sourires de commande, la cavalcade d’attitudes empruntées à l’univers codé de la cour ou celui aujourd’hui à la télé, déboule progressivement dans une symphonie de croc-en-jambe.

Le vocabulaire chorégraphique de Nicole Mossoux et Patrick Bonté a mûri  depuis Simonetta Vespucci que nous avons tant aimé, se libérant de tout anecdotisme, se proposant ici une sorte de mouvement perpétuel comme l’était le Canon de Pachelbel que vous n’entendrez pas.
Il y a une fluidité exemplaire, une harmonie du geste continu qui intègre la grâce et son contraire.
Un spectacle botticellien, tiepolesque, beau et canaille pour dire l’imposture.