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Nicole Mossoux a créé à Paris son nouveau solo, en ouverture de la Biennale internationale de la Marionnette.
Whispers, ce sont ces murmures intérieurs, envoyés par les fantômes qui peuvent vous habiter sans crier gare. Certains viennent de loin. Ils vous traversent l’inconscient, toujours en embuscade, à la recherche de quelque bouffée d’oxygène. Quand on les convoque sur scène, quand ils y trouvent une faille, ça produit des sifflements drôlement grinçants, des mots ou des mouvements qui surgissent apparemment de nulle part. Ça murmure d’une façon drôlement grotesque.

Voilà ce que nous suggèrent Nicole et son acolyte de toujours, Patrick Bonté. Mais Mossoux, portée par les objets sonores de Mikha Wajnrych, va plus loin encore dans son personnage de Flamande hantée. Les voix intérieures prennent la forme d’objets, de vêtements, de parties de son propre corps qui échappent à tout contrôle. Comme dans son grand classique Twin Houses, elle manipule pour créer l’illusion d’être manipulée.

Seule en scène mais incarnant des femmes de toutes époques et leurs obsessions, Mossoux sait créer moult stupéfaction. Frissons de l’inconscient sous perruques d’époques diverses, frayeurs face aux mouvements incontrôlés sous ses jupons, terreur de la chemise de nuit blanche qui devient son propre fantôme, horreur quand les aiguilles à tricoter réveillent une histoire d’avortement. Statue au visage blanc, model à lunettes de soleil, cette femme tremble. Seulement quand elle se met à danser, elle retrouve l’unicité de son être.

Nicole Mossoux et Patrick Bonté n’ont eu de cesse de dialoguer avec les peintres, du Moyen Âge à la Renaissance. Ici tout commence par un clin d’œil caustique à la peinture flamande, à Jan Van Eyck, par exemple. Mais les références concernent aussi leurs propres créations, et ce jamais plus que dans un troublent tableau de dédoublement, référence  très concrète à Twin Houses, devenu un classique de la compagnie. Whispers illustre à son tour les vertus d’une longue recherche sur l’art du geste et la force métaphorique des objets, à laquelle s’ajoute ici un univers sonore aux effets burlesques. Les murmures corporels qui traversent la pièce et ses personnages résonneront longtemps dans nos têtes…

Thomas HahnDanser Canal Historique / Mai 2015

 

En 2008, lors de la toute première édition de Manipulate, la Compagnie Mossoux-Bonte fut le héraut de ce que nous attendions pour la suite du festival. Light nous apparut ensuite comme un tour de force de jeu d'ombres et d'illusions optiques protéiformes. Dans Whispers, leur nouvelle production, Nicole Mossoux se transforme avec une agilité invertébrée, multipliant les métamorphoses, son corps servant de truchement aux âmes en peine qu'elle surprend à errer près d'elle. La bande sonore grince, crisse et claque avec la brutalité d'un cauchemar pendant que Mossoux – par la seccousse habile d'un vêtement ou la dislocation d'un membre – incarne tour à tour les échos de deuils passés, séductions, abus jusqu'à la domesticité en apparence sans vague des tableaux de Vermeer. Tour à tour grotesque ou incommodant, le spectacle est irréfutablement captivant. 

Mary Brennan, The Herald / Janvier 2017