Murmure des fantômes

Les manipulations, les objets, les marionnettes, les ombres, le double : Nicole Mossoux explore depuis longtemps ces univers faussement solitaires. En découvrant ce nouvel opus, on pense à "Kefar Nahum", au merveilleux monologue à plusieurs "Twin Houses", "Light", mais aussi "Gradiva", ou encore "Katafalk", voire "Juste ciel", qui marquait il y a trente ans les débuts de la Cie Mossoux-Bonté.

Le corps et ses appendices, ses excroissances comme des compagnons étranges, inquiétants parfois, habitent ces mondes-là. On les retrouve dans "Whispers" - créé en octobre dernier à la Balsamine -, avec la complicité de Colette Huchard aux costumes et de Johan Daenen à la scénographie.

Si la musique a toujours tracé de sinueuses courbes dans les pièces de Mossoux-Bonté, le son ici prend une texture particulière, avec les bruitages et objets sonores de Mikha Wajnrych, la microphonie et la musique live de Thomas Turine.


Danse de réminiscences

La femme seule qui apparaît sur la scène ne l’est peut-être pas. Autour d’elle ça gronde et ça respire, ça chuchote et ça cliquette, ça grince et ça grommelle.

Elle-même - que sa vêture et les lumières (signées Patrick Bonté) font ressembler à un personnage de Vermeer - se révèle multiple. Enfant et ancêtres, feu follet et fantôme, vivante vestale d’esprits vagabonds.

La danse, ici, croise bien loin du ballet. Hybride, emplie de réminiscences, elle théâtralise le mystère et absorbe les eaux troubles. En dentellière aux mains expressives, au visage où se mêlent grâce et stupeur, Nicole Mossoux convoque les forces obscures que cachent les murmures.

Il y a de la magie, une joie trouble, une fascinante gravité, une vibrante étrangeté dans ce solo pluriel. "Whispers" ainsi s’inscrit sans faiblir dans le bel espace-temps d’une compagnie à l’écoute du secret.