Les Anneaux de Marianson

"Les anneaux de Marianson" - anonyme, Normandie, XV° siècle
Texte recensé par Michel Faubert à partir d'une version québécoise chantée en 1916

Marianson, Dame jolie, Où est allé votre mari ?

Mon mari il est en guerre allé, Ah ! Je ne sais quand il reviendra

Marianson, Dame jolie, Prêtez-moi vos anneaux dorés

Marianson, mal avisée, Ses trois anneaux d’or a prêté

Quand il a eu, les trois anneaux, Chez l’orfévrier, s’en est allé́

Bel orfévrier, bel orfévrier, Faites-moi trois anneaux dorés

Quand il a eu ses trois anneaux, A la guerre il s’en est allé

Le premier qu'il a rencontré, C'est le mari de Marianson

Bonne nouvelle, dedans Paris, Marianson, Dame jolie

De moi elle a, fait son mari, Marianson, Dame jolie

Tu as menti, franc cavalier, Ma femme elle est, fidèle assez

Si tu le crois, je le décrois, Voici les anneaux de ses doigts

Quand il a vu, les trois anneaux, Contre la terre, il s’est jeté

Après trois jours, par terre jeté, Sur son cheval, s’est embarqué

Sa mère qu’était, sur ses remparts, Qui le voit venir, de là-bas

Marianson, Dame jolie, Je vois venir, votre mari

Il est malade ou bien fâché, Il s’en vient comme, un enragé

Ma mère présentez-lui son fils, Ca le rendra tout réjoui

Ah ! tiens mon fils, voici ton fils, Quel nom donneras-tu à ton fils ?
A l'enfant je donnerai un nom, A la mère un mauvais renom

A pris l'enfant par les deux pieds, Contre la terre il l'a jeté

A pris la mère par les cheveux, A son cheval l'a attaché

A fait trois tours, dedans Paris, Sans regarder par derrière lui

Y n’y eu de grache ni de grignon* Qu’avait pas de sang, Marienson
Au bout de trois jours et trois nuits, A regardé par derrière lui

"Marianson, dame jolie Où sont les anneaux que je t’ai donné ?

Sont dans un coffre, au pied du lit, Voilà les clefs va-t-en les quérir"
Il a pas fait trois tours de clef, Les anneaux d'or il a trouvés

"Marianson, dame jolie, Quel bon chirurgien vous faut-il ?

Point chirurgien qu'il faut ici, C’est drap blanc, pour m’ensevelir

Marianson, dame jolie Votre pardon, je l’aurait-il ?

Ma mort vous sera pardonnée, Mais non point celle du nouveau-né

* Selon Michel Faubert, "grache" serait une évolution phonétique de "roche". L'étymologie du terme "grignon" reste quant à elle mystérieuse. 
Nous avons cependant retracé deux autres variantes : "N'y a ni butte, ni button / Qui n'ait de sang de Marianson" et, plus saugrenu pour Paris, "N'y avit brousse ni buisson / Que n'eût sang de Marienson".