Une mise en jeu de l'intime

Quatre hommes et quatre femmes circulent sur une frontière : ligne de démarcation, bord de fosse, départ de course. Ils sont comme les sentinelles involontaires dʼun monde interdit ou dʼun univers à préserver. Le nôtre, sans doute.

Ils ne le savent plus.

Ils sont très concrètement là, mais leur présence leur semble cependant incertaine ; tout ce quʼils accompliront sera marqué du doute, ou plutôt dʼun irrémédiable soupçon : est-ce bien eux, réunis là et pour quelle raison ? Existent-ils réellement, ne sont-ils pas lʼincarnation de quelque monstrueux rêveur ? Ces questions les dépassent, mais ils agissent comme des aveugles marchant avec assurance dans le noir.
Le spectacle met en scène cette unique situation : huit personnes en ligne, qui nʼoccupent que cet espace, sans aucune profondeur, comme aimantés par le fait dʼêtre ensemble. Ils le demeureront tout en changeant fréquemment de place, mais en nʼutilisant jamais lʼespace avant ou arrière et en maintenant le caractère très graphique de lʼensemble.

Cette contrainte oriente tous les mouvements et « cadre » toutes les micro-situations qui se développent sur un principe de mise à plat et de simultanéité. Lʼorganisation de la vision et lʼimmédiateté de la perception permettent de jouer sur des complexités et des troubles particuliers.
Bien sûr, cʼest la question du groupe qui se trouve ici posée, celle de lʼimpossible et nécessaire communauté. Quʼest-ce qui nous unit, malgré ou à travers nos différences ? Pour quelle raison lʼisolement ou la solitude sont-ils indispensables à la solidarité de lʼensemble ?
La réflexion ou la métaphore sur la relation sociale se nourrit constamment dʼune mise en jeu de lʼintime, dans une humeur où sont associés humour et étrangeté.